Notice historique sur la famille D'HOZIER.
La famille d'Hozier a produit six générations de juges d'armes également doués d'un goût particulier pour les recherches historiques et d'un scrupuleux amour de la vérité auquel il convient d'attribuer, non moins qu'à l'importance de leur charge, l'autorité que leurs décisions ont conservée jusqu’à nos jours dans les questions si nombreuses et si variées que soulèvent parfois la possession et la transmission de la noblesse. Les d’Hozier appartiennent à la noblesse provençale. Guy Allard nous apprend que Thomas d’Hozier figure dans un état de pensions du Dauphiné pour l’année 1516. Son fils, Etienne (1511-1590) embrassa la carrière des .rmes et servit au siège de Marseille, sous le connétable de Bourbon, puis il revint habiter Salon, l’une des trois villes d’États de Provence d’où ses ancêtres étaient originaires, et il y fut choisi comme viguier : il y épousa Catherine Humbert et en eut huit enfants dont trois fils, savoir : Étienne dont nous allons parler, Jean qui devint viguier de Salon après son frère, en 1589 ; Antoine qui donna, le 7 janvier 1580, procuration générale à son frère Étienne pour l’administration de son bien, s’en allant en cour pour se mettre aux gardes du Roi ; il servit, en effet, et commandait une compagnie lorsqu’il fut tué à 33 ans, le 26 juillet 1582, dans le combat naval donné contre les Espagnols par Philippe Strozzi près l’île de Tercère.
Étienne d’Hozier, né le 18 octobre 1547, fut fait capitaine de Salon en 1580 ; pendant qu’il exerçait cette charge il mit en ordre les archives de l’hôtel de ville et en inventoria les papiers qui étaient dans une grande confusion ; chercheur infatigable, il avait un goût singulier pour les vieilles chartes, et l’on peut croire qu’il exerça une grande influence sur la direction prise par ses descendants. Étienne d’Hozier fut l’un des trois gentilshommes qui accompagnèrent, en 1589, Christine de Lorraine en Toscane, où elle allait épouser Ferdinand de Médicis. Il profita de ce voyage pour parcourir toute l’Italie et fut accueilli avec faveur par le pape Sixte-Quint. M. d’Hozier fit donner à ses enfants l’éducation la plus soignée. A sa mort, Pierre, le troisième de ses fils, racheta à ses aînés la seigneurie de La Garde, dont il porta le nom en même temps que ses frères, puis il entra en 1615 dans la compagnie des chevau-légers de M. de Créquy-Bernieules, précisément vers le temps où celui-ci travaillait à la généalogie de sa famille. L’inclination naturelle de Pierre d’Hozier l’ayant déterminé à aider M. de Créquy dans ses recherches, il fit son coup d’essai de l’histoire de cette ancienne maison.
Dès cette époque, il se lia avec MM. de Sainte-Marthe, de docte renom. L’histoire de la maison de Créquy fit grand bruit. Et le succès qu’elle obtint encouragea Pierre d’Hozier à entreprendre la recherche générale des maisons principales et particulières du royaume. On voit en effet dans l’épître dédicatoire écrite par lui au roi en lui adressant les noms, surnoms, armes et blasons des chevaliers et officiers de l’ordre du Saint-Esprit créez par Louis XIII le 16 mars 1633, qu’il se proposait de lui faire voir « la généalogie de tous ceux qui avoient été honorez de l’ordre du Saint-Esprit depuis son institution : qu’il espéroit ensuite luy faire connoître par un plus grand ouvrage et tel qu’il ne s’en étoit point encore vu de pareil en France que S. M. pouvoit se vanter d’avoir plus de gentils hommes dans son royaume, que beaucoup de monarques n’ont eu de sujets dans leurs Estats ; » et il ajoutait qu’il travaillait depuis dix-huit ans (par conséquent depuis 1616) à un plus grand ouvrage par lequel il comptait « détailler les généalogies de toutes les maisons de ce royaume et faire connoître sa grandeur aux étrangers par la multitude des races illustres et nobles qu’on y voit fleurir depuis tant de siècles. » Bientôt toute la noblesse de la cour voulut être comprise dans les travaux du jeune d’Hozier, et ce dernier ne tarda pas à s’adonner avec passion à un genre d’occupation vers lequel son éducation et les goûts de son père l’avaient déjà naturellement dirigé. Tallemant raconte que le marquis de La Capelle, ayant obtenu de lui sa généalogie, la portait toujours bien reliée, et que, faisant adroitement tomber la conversation sur ce sujet, il tirait de a poche à tout bout de champ son in-quarto.
Le roi, pour lui faciliter les moyens de se livrer à ces recherches, s’était attaché d’Hozier comme l’un des cent gentilshommes de l’ancienne bande de sa maison, par brevet du mois de mars 1620. Tant en cette qualité qu’en celle de gentilhomme de la suite de Gaston, duc d’Orléans, dont il fut pourvu le 2 janvier 1627, il fit des fréquents voyages et trouva de la sorte l’occasion de visiter de nombreux dépôts d’archives et de rassembler une grande quantité de matériaux ; il reçut le collier de l’ordre de Saint-Michel en 1628, temps où cet ordre était recherché par la noblesse la plus distinguée, et une pension sur la cassette en 1629. Dès ce moment en effet, Pierre d’Hozier jouissait d’une grande réputation de savoir. MM. de Sainte-Marthe lui témoignaient une flatteuse déférence. Monsieur, frère du roi, avait donné, le 22 janvier 1627, à M. d'Hozier, un brevet de gentilhomme ordinaire de sa maison afin d'avoir occasion de le consulter plus facilement : il admirait sa mémoire prodigieuse. Elle était telle en effet, suivant l'abbé Ladvocat, qu'il citait sur-le-champ et sans se tromper, les dates des contrats, les noms, les surnoms et les armes de chaque famille qu'il avait une fois étudiée, ce qui faisait dire plaisamment à Perrot d'Ablancourt, qu'il fallait que M. d'Hozier eût assisté à tous les mariages et à tous les baptêmes de l'univers.
Dès 1634, nous voyons d'Hozier prenant, en publiant la Liste des chevaliers du Saint-Esprit, les titres d'historiographe et généalogiste de France ; en 1641, le roi le nomma gentilhomme ordinaire de sa maison, mais bientôt il allait lui confier complètement la direction des questions héraldiques du royaume. En 1614, les Etats généraux ayant demandé une recherche sévère des faux nobles, déjà fort nombreux à ce qu'il paraît, avait présenté diverses remontrances tendant à ce qu'il fût établi un juge d'armes, lequel dresserait des registres universels des familles nobles du royaume. Le roi, pour satisfaire à cette juste réclamation, avait créé en titre d'office, par édit du mois de juin 1615, une charge de juge-général d'armes. Les premières provisions de cette charge, qui, comme on vient de le voir, n'était point une charge de robe mais bien une charge d'épée, furent données par lettres de l'année 1615 à François de Chevriers de Saint-Mauris, sieur de Saligny, d'une ancienne maison du Mâconnais, chevalier de l'ordre du Roi, gentilhomme ordinaire de sa chambre et l'un de ses maîtres d'hôtel. Le premier juge d'armes fit peu parler de lui, mais il eut le bon goût avant sa mort, arrivée en 1641, de prier le roi de confier ces fonctions à Pierre d'Hozier, qui fut en effet pourvu de la charge de juge d'armes le 25 avril de la même année. Le bon vouloir de Louis XIII n'en resta pas là; en 1642 il le nomma son conseiller et maître d'hôtel ordinaire, charge qui facilitait l'accès de sa personne, et, en 1643, généalogiste des preuves des pages des écuries du Roi. Le gouvernement de la Régence ne goûta pas moins ses services: des lettres patentes du 5 juin 1646 confirmèrent d'Hozier dans tous ses emplois, et, en 1654, l'heureux juge d'armes reçut un brevet de conseiller d'Etat. Cette faveur sans cesse croissante n'avait pas ralenti l'ardeur de d’Hozier : il publia la « Généalogie de la maison de Gilliers » et des « Remarques sommaires sur la maison de Gondi, » en 1652.
La « Généalogie de la maison de Bournonville » date de 1657 ; celle « de la maison d'Amanzé en Mâconnais » fut faite en 1659. Enfin il ajouta des centaines de notes demeurées inédites à l'Armorial d'Artois, assez peu digne de confiance, d'Haudriques de Blancourt. C'est également par centaines qu'il faut compter les notices généalogiques renfermées dans les cent cinquante volumes in-folio de ses papiers actuellement conservés dans notre Bibliothèque impériale. D'Hozier, sur la fin de sa vie, se lia très-intimement avec François Du Chesne, fils du célèbre André Du Chesne avec lequel nous l'avons déjà vu en relations de travaux, mais ce semble, sans intimité. François Du Chesne, né en 1616, était beaucoup plus jeune que d'Hozier, mais ses études étaient analogues aux siennes. On sait qu'il continua les oeuvres paternelles, notamment les trois derniers volumes des Historiae Francorum scriptores en 1640, et l'Histoire des chanceliers en 1650; il composa de son chef celle des Papes en 1656, et il est facile de comprendre de quelle utilité lui devaient être ses relations avec notre juge d'armes. Toujours est-il que la liaison devint excessivement intime, et nous avons un portefeuille des lettres de d'Hozier à Du Chesne pendant les années 1652-1660, lettres pleines d'humour, d'esprit, de bonhomie. M. d'Hozier avait épousé à Lyon, le 2 octobre 1630, alors qu'il accompagnait le roi allant faire son voyage de Savoie, demoiselle Yolande-Marguerite de Cerrini, fille de Felice di Cerrini, noble Toscan d'une ancienne maison de la ville de Florence, et de demoiselle Marguerite de Naude. C'est à la suite de cette alliance et à partir de la seconde génération que l'un des d'Hozier, et en général le juge d'armes, a porté le nom de Sérigny, lequel n'est autre que le nom de Cerrini corrompu et francisé. Pierre d'Hozier eut six fils -dont trois moururent jeunes; les trois autres furent Louis-Roger, né à Paris le 7 janvier 1634, mort le 29 juin 1708, qui a continué la descendance, Henry, mort en 1662, novice au couvent des Mathurins de la rue Saint-Jacques, et Charles-René, né à Paris le 24 février 1640, mort le 13 février 1732.
Louis-Roger d'Hozier, né en 1634, fut reçu en survivance de bonne heure aux charges de son père; en 1658, le roi le nomma gentilhomme ordinaire de sa chambre et lui donna dès l'année suivante le cordon de l'ordre de Saint-Michel. Il continua les traditions de son père. Mais en 1675 M. d'Hozier perdit complètement la vue et dut se contenter du titre de juge d'armes honoraire avec une pension de 1,000 livres sur la cassette du roi. Son frère, Charles-René d'Hozier, ne s'était nullement occupé jusqu'à la mort de son père de travaux héraldiques et généalogiques, et il avait déjà fait quelques grands voyages en Europe quand il fut rappelé à Paris par l'aggravation de la maladie qui menaçait son frère. Cependant il avait été pourvu conjointement avec lui, dès le 3 janvier 1666, de la charge de juge d'armes, et il paraît qu'ayant trouvé dans les papiers de leur père une pièce par laquelle ce dernier manifestait le vif désir de voir ses travaux repris précisément par lui, il se mit résolument à l'oeuvre et il fut le digne successeur de Pierre d'Hozier. Le roi le nomma juge d'armes du royaume, généalogiste des pages de ses écuries et de ses ordres; puis généalogiste de la maison de Saint-Cyr. Il obtint du roi, le 25 août 1685, la permission d'accepter l'ordre militaire de Saint-Maurice dont le duc de Savoie voulait l'honorer: il dut faire ses preuves de noblesse suivant les constitutions de l'ordre, et les quatre témoins qui déposèrent dans les preuves testimoniales, le 24juin 1684, furent Roger, prince de Courtenay; Henry de Beringhen, premier écuyer du roi; Louis-François Le Fèvre de Caumartin, conseiller d'État, et François-Roger de Gaignières, gouverneur de Joinville. Charles d'Hozier reçut solennellement l'habit et la croix de l'ordre de Saint-Maurice, avec les cérémonies en usage, dans l'église des Théatins, des mains du marquis de Ferrero, grand' croix et grand hospitalier de cet ordre, chevalier de l'Annonciade et ambassadeur près du roi, commissionné à cet effet. Charles-René d'Hozier a laissé des ouvrages considérables et la mémoire la plus justement honorée.
C'est vers 1668 qu'il revint à Paris et qu'il commença à étudier la science généalogique. Il débuta en publiant la Recherche de la noblesse de Champagne, faite de 1666 à 1672 par l'intendant Le Fèvre de Caumartin, ouvrage capital et d'une très-grande valeur historique. D'Hozier publia aussi une édition annotée de l'Histoire de Charles IX, par Varillas, en 1684, et il annota le manuscrit de la Recherche de la noblesse de Bourgogne, fait en 1698, si on s'en rapporte à Ch. de Fontette qui possédait, paraît-il, ce précieux travail. Enfin il convient de ne point passer sous silence tout ce qu'il fit pour perfectionner l'Histoire généalogique de la Maison royale de France et des grands officiers de la Couronne, ainsi que le constate le Journal des Savants de l'année 1712. Depuis quelques années, M. d'Hozier avait été chargé d'un grand travail qui lui causa beaucoup de tracas et d'ennui, mais qui du moins amena des résultats considérables. La situation nobiliaire était restée dans un grand désordre en France malgré la création d'un juge d'armes. Colbert le premier y apporta un remède efficace en faisant publier l'édit ordonnant la recherche des faux nobles dans tout le royaume par province, et qui amena des centaines de condamnations. Nous avons vu que M. d'Hozier fut chargé de dresser les généalogies maintenues à la suite des jugements des intendants commissaires royaux. Un édit du mois de novembre 1696 décida la confection d'un Armorial général où seraient enregistrées les armoiries des « personnes, domaines, compagnies, corps et communautés » du royaume, supprima la charge de juge d'armes et créa une grande maîtrise générale et souveraine, avec de nombreuses maîtrises particulières. Cet armorial, véritable mesure fiscale, devait rapporter une somme considérable à l'État. L'enregistrement des écussons était soumis à des droits divers et la ferme en fut adjugée moyennant 5,833,333 livres 13 sols et 4 deniers nets au sieur Adrien Vanier, bourgeois de Paris, 1, 166,665 livres 6 sols 1 denier lui étant remis pour frais de recouvrement et de confection de l'armorial. Ce grand travail devait originairement être fait dans l'espace de deux mois, mais de nombreux délais furent successivement accordés et en conduisirent la confection jusqu'en 1718. M. d'Hozier vit avec une grande inquiétude la suppression de sa charge et l'institution de la grande maîtrise; des réclamations, des intrigues nombreuses s'élevèrent. Un avis du Conseil, du 18 décembre 1696, lui conféra les fonctions de garde de l'Armorial général, ainsi définies par l'édit de novembre: « Il fera faire les brevets et expéditions de l'enregistrement des armoiries dans l'Armorial général contenant l'explication, peinture et blason des armes avec noms et qualités de ceux à qui elles appartiendront, et il renvoyera les expéditions aux officiers des maîtrises particulières pour être par eux délivrées et mises en mains de ceux qui en les présentant auront consigné le droit de leur enregistrement et qui en rapporteront la quittance. Ces brevets vaudront lettres d'armoiries. »
Chaque brevet était payé trente sols au garde général. D'Hozier, qui devait trouver dans ce droit une large compensation à ses peines, ne ralentit pas cependant ses démarches contre la grande maîtrise. Cet office, non plus que ceux des maîtrises particulières. n'ayant pas été levé, un édit d'août 1700 les supprima tous, y compris celui de garde de l'armorial, et fut suivi d'un autre édit du mois d'avril 1701, rétablissant la charge de juge d'armes de France rendue à d'Hozier par lettres patentes du 24 août suivant. Un dernier arrêt du Conseil, du 9 mars 1706, le chargea de réviser les armoiries enregistrées par Vanier et ses agents, en réformant et corrigeant au besoin les blasons mal expliqués et irrégulièrement composés. Cet arrêt ajoutait « qu'à l'avenir il ne sera expédié aucune lettre tant de noblesse que de mutation de nom ou d'armoiries et de concession d'armes, et qu'elles ne seront vérifiées dans aucune cour, que les particuliers auxquels elles seront accordées n'ayent obtenu l'acte de règlement du dit juge d'armes qui sera attaché sous le contre scel des dites lettres.» Mais M. d'Hozier avait complètement ressaisi la situation qui lui appartenait si légitimement : il la recouvrait agrandie, en dépit des efforts de Clairambaut. Il prit ensuite parti dans la grande querelle des ducs et pairs contre les princes de Lorraine pour la préséance dans les ordres du roi, et c'est pour ces derniers qu'il se prononça. Charles d'Hozier fut chargé, en 1706, par le roi de lui faire connaître dans un mémoire détaillé les origines des familles ayant des charges à la cour, ainsi que les origines, souvent fort plébéiennes, des membres du parlement de Paris. Cette demande fut peut-être motivée par le fameux libelle du sieur Guillard contre les origines des familles ducales, libelle uniquement rempli de calomnies et de mensonges. Le curieux et consciencieux travail du juge d'armes fut fait en trois exemplaires dont un a été remis au roi, le second à Mme de Maintenon et dont le troisième est demeuré entre les mains de la famille. C'est un travail très-important dont il existe un assez grand nombre de copies, mais qui n'a jamais été imprimé. On trouve, sur un grand nombre de maisons, des renseignements excessivement précis et exacts, mais généralement peu flatteurs.
De son mariage avec Edmée-Marie Terrier, veuve d'Eloy Rossignol, écuyer, grand forestier d'Hesdin, Charles d'Hozier n'eut pas d'enfant. Il mourut à Paris le 13 février 1732, âgé de quatre-vingt-douze ans; mais son frère, depuis la perte de sa vue, avait épousé, le 20 août 1680, Madeleine de Bourgeois de la Fosse, fille du sieur de la Fosse, de Sézanne en Champagne, et il en eut un fils, Louis-Pierre d'Hozier, qui continua la descendance, et deux filles dont l'une, Marguerite-Charlotte d'Hozier de Sérigny, épousa, le 7 novembre 1710, Antoine de Vassart, gentilhomme ordinaire du duc de Lorraine, conseiller d'épée, seigneur de Burnicourt, de Gorze Sallée et d'Audernay, lesquelles trois seigneuries furent érigées en baronnie, le 7 avril 1719. Louis-Pierre d'Hozier, né le 20 novembre 1685, fut, le 20 novembre 1710, reçu en survivance des charges de son oncle, auquel il succéda définitivement en 1732, ayant bien avant commencé à s'occuper de travaux généalogiques. C'est en qualité de juge d'armes qu'il obtint un brevet par lequel, le 28 octobre 1730, le grand-écuyer l'informait qu'il lui était permis de faire porter par ses domestiques les casaques et livrées du roi « et cela tant qu'il vous plaira. » Le 21 février 1714, il avait été nommé chevalier de l'ordre du roi et les preuves de noblesse qu'il fit à ce sujet furent admises le 26 mars de la même année. Enfin, le 25 juin 1727, il fut pourvu d'une charge de conseiller maître ordinaire à la cour des comptes de Paris, et avant 1736, il était devenu l'un des dix conseillers de la cour suprême en l'Hôtel-de-Ville de Paris, généalogiste de la maison du roi et de celle de la reine, et des pages de leurs écuries, et conseiller du roi en tous ses conseils. En exécution de l'arrêt du 9 mars 1706, et conformément aux ordres du roi, M. d'Hozier commença la publication d'un Armorial général, mais il avait formé un projet bien autrement vaste que de donner le catalogue des armoiries enregistrées en exécution de l'édit de 1696: il entreprit l'Armorial historique commencée en 1736, et M. d'Hozier en fit paraître deux registres avant sa mort, arrivée à Paris le 25 septembre 1767; il publia également une lettre en forme de défi littéraire, signifié au corps entier de la littérature.
De son mariage, conclu le 23 mars 1716 avec demoiselle Marie-Anne de Robillard, fille de Georges de Robillard, comte de Cosnac, en Saintonge; Louis-Pierre d'Hozier eut sept enfants, dont trois filles: l'aînée, Marie-Marguerite-Félicité, née le 15 novembre 1722, épousa M. Perrotin de Barmont, chevalier de l'ordre du roi, l'un des chefs les plus influents du parti royaliste à la Constituante; la seconde, Marie-Henriette-Louise, née le 15 juillet 1724, a été mariée le 17 mai 1747, à Étienne de Vassart, seigneur d'Audernay, son cousin-germain; la troisième, Anne-Louise, née le 28 septembre 1735, fut reçue à Saint-Cyr le 12 décembre 1743, et épousa depuis M. de Poncey, marquis de la Rivière. Ainsi que nous l'avons déjà dit, Louis-Pierre d'Hozier eut quatre fils, savoir : 1° Denis-Louis d'Hozier, né le 17 avril 1720, qui fut reçu page du roi le 1er janvier 1734, et qui a continué la descendance; 2° Antoine-Marie d'Hozier; dont nous allons parler; 3° Charles·Pierre d'Hozier, qui est entré dans les ordres; il était lors de la Révolution, archiprêtre de Chartres, et abbé de Flabas. Il a été arrêté à Chartres sous le règne de la Terreur, et il est mort sur les pontons de Cherbourg où il avait été transporté; 4° Jean-François d'Hozier, comte de Baudemont, qui après avoir servi dans la marine est devenu successivement chambellan de Stanislas, roi de Pologne et duc de Lorraine, puis de l'électeur palatin, duc de Bavière. Antoine-Marie d'Hozier de Sérigny, né le 28 août 1721, obtint le 1er octobre 1734 des lettres de retenue dans la charge de juge d'armes en survivance de son père, et il continua plus tard l'Armorial général auquel il avait activement collaboré. Il fit imprimer, en 1756, une « Histoire généalogique de la maison de Chastelard,» et composa un Mémoire pour constater la descendance de la maison de Saint-Rémy-Valois, d'un bâtard de Henri II. En 1761, M. de Sérigny et son frère M. de Baudemont furent décorés, comme l'avait déjà été leur grand-père, de l'ordre des SS. Maurice et Lazare de Savoie. La ville de Salon, peu de temps avant la Révolution, voulut rendre un hommage solennel à l'ancienne famille qui avait pris naissance dans ses murs. Elle demanda à ses représentants une copie du portrait de Pierre d'Hozier, et accepta d'être parrain de l'enfant dont madame la comtesse d'Hozier de Baudemont était grosse. M. d'Hozier de Sérigny ne s'étant point marié, la charge de juge d'armes fut transmise de son vivant à son neveu Ambroise-Louis-Marie d'Hozier, fils de son frère aîné Denis-Louis d'Hozier, dont nous allons parler. Denis-Louis d'Hozier, né le 17 avril 1720, désigné parfois sous le nom du président d'Hozier parce qu'il fut pourvu le 7 avril 1751, de la charge de président en la cour des comptes de Normandie, fut reçu page du Roi le 1er janvier 1734, et servit pendant trois ans en cette qualité. Il épousa en premières noces Élisabeth-Marguerite-Henriette de Besset, dame de la Chapelle-Millon ; mais il n'eut point d'enfant de ce premier mariage; puis il épousa en secondes noces, le 10 janvier 1764, Marie-Adélaïde-Geneviève de la Croix, fille de César de la Croix-d'Orangis et de demoiselle Geneviève-Elisabeth de Lévy, qui lui donna; 1° Ambroise-Louis-Marie d'Hozier, né au mois de décembre 1764, dont nous allons parler; 2° Abraham-Charles-Augustin d'Hozier, appelé le comte d'Orangis, né le 11 décembre 1775, page de Louis XVI, écuyer cavalcadour de Monsieur; puis du roi Charles X, qui a continué la descendance; 3° N .... d'Hozier, appelé le vicomte de Sorcy, qui servit dans la marine, et mourut jeune en Amérique. Ambroise-Louis-Marie d'Hozier, le dernier des juges d'armes de France, fut pourvu de cette charge du vivant de son oncle d'Hozier de Sérigny, mais il n'en a pris possession que le 24 octobre 1788. Il avait déjà été pourvu comme son père de la charge de président en la cour des comptes de Normandie, et c'est pour ce motif qu'il a été parfois désigné comme lui, sous la qualification du président d'Hozier. Il fut incarcéré pendant la Terreur, puis arrêté de nouveau sous le Consulat en raison de ses sentiments royalistes bien connus, et exilé sans jugement à soixante lieues de Paris jusqu'à 1814. Il est mort le 16 août 1846 à Versailles, où il s'était retiré à la suite de la Révolution de 1830. Les d'Hozier possédaient des documents précieux et en très-grand nombre sur presque toutes les familles de France.
Nous avons vu que Pierre a laissé cent cinquante volumes manuscrits, conservés actuellement à la Bibliothèque impériale, et desquels son fils Charles-René d'Hozier a fait don au roi, avec tous les manuscrits, lettres originales ou autres documents qu'il avait lui-même réunis. Saisis lors de l'arrestation d'Ambroise d'Hozier en 1793, ces papiers furent déposés aux Archives nationales, et rendus à M. d'Hozier en 1814. Depuis, le comte d'Hozier en a remis le plus grand nombre à notre Bibliothèque impériale, où ils forment un fonds spécial et des plus précieux.

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